Il y a des souvenirs qui reviennent sans prévenir. Un après-midi d'été, assise par terre dans la cour avec sa mère ou sa grand-mère, une poignée de petits cailloux ronds à la main : voilà tout l'univers d'Ilqafen (ⵉⵍⵇⴰⴼⴻⵏ), l'un des jeux traditionnels les plus aimés de Kabylie.
Un jeu simple, une richesse infinie
En kabyle, un caillou rond se dit alqaf (ⴰⵍⵇⴰⴼ), et son pluriel ilqafen a fini par donner son nom au jeu lui-même. Pas besoin de jouet acheté en boutique : sept petits cailloux ramassés dans la cour ou au bord d'un chemin suffisaient à occuper des après-midi entiers. Le nom change selon les régions : à Béjaïa par exemple, on l'appelle plutôt Ibourkafen — un joli rappel que chaque village kabyle a gardé sa propre façon de nommer ce jeu, tout en partageant les mêmes gestes.
Les règles, transmises de mère en fille depuis des générations, restent partout les mêmes dans leurs grandes lignes : assise au sol, la joueuse lance un caillou en l'air, puis doit en attraper un autre resté à terre avant de rattraper celui qui retombe. Le caillou récupéré reste serré dans la main, et le geste se répète jusqu'à ce que tous les cailloux soient réunis. Selon les villages, le jeu se complique de figures aux noms imagés comme « la claie », « la montée » ou « la bouche du lion ».
Une mémoire qui se transmet
Ce qui rend Ilqafen (ou Ibourkafen, selon d'où l'on vient) si précieux, ce n'est pas seulement le jeu, mais tout ce qu'il transporte : le bruit des cailloux, les fous rires, la fierté de « monter » un niveau, et la présence d'une mère ou d'une grand-mère juste à côté. C'est cette mémoire-là, faite de gestes simples et de transmission entre femmes, que nous aimons célébrer chez Jasmin d'Orient.
Et vous, comment appeliez-vous ce jeu chez vous ?